Nouveau gouvernement : voir à l’usage

Il aura donc fallu 15 jours après la nomination de Michel Barnier à Matignon elle-même intervenue près de deux mois après les législatives du 7 juillet dernier pour que la France ait (enfin!) un gouvernement.

Produit de négociations et compromis, il possède à ce jour une très faible légitimité politique et une très relative majorité à l’Assemblée.

Faible légitimité car il n’est pas le reflet du vote des Français aux législatives qui ont d’abord placé l’ensemble des partis politiques et cartels électoraux en position minoritaire. La macronie est devenue minoritaire, les électeurs signifiant à Emmanuel Macron leur rejet de sa personne et de sa politique du en même temps. Le Nouveau Front populaire dont les désaccords politiques sont nombreux et évidents au delà de l’alliance électorale de la gauche de gouvernement et de l’extrême gauche, est minoritaire. La droite républicaine est minoritaire et le Rassemblement national l’est tout autant.

La tri-polarisation, conséquence du « front républicain » du second tour, rend toute coalition fragile et peu légitime. Celle qui a permis la formation de ce gouvernement au premier rang, menacée de dissolution médiatique par les deux autres blocs, à peine les noms des nouveaux ministres connus.

Elle est peu légitime enfin car les Français ont voulu imposer à Emmanuel Macron une cohabitation et la présence d’une majorité de macronistes au sein du gouvernement, même si des postes majeurs leur échappe, rend cette logique de cohabitation illusoire.

Très relative majorité si l’on considère d’une part que l’extrême gauche et le RN se placent en toute circonstance dans une logique d’opposition totale au gouvernement et qu’à l’intérieur même de la coalition gouvernementale, en témoigne les déclarations de M. Attal ou des élus du Modem, le soutien des groupes macronistes n’est pas automatique. Avoir une majorité relative comme c’était le cas avant la dissolution conduisait déjà à des 49.3 en cascade. Il est à craindre que ce soit désormais la voie réglementaire et le 49.3 qui permettent au gouvernement de faire passer des textes au mépris des droits du Parlement et de la logique des institutions.

Quelle durabilité pour le gouvernement quand tous les commentateurs et les responsables des oppositions prédisent des motions de censure prochaines à commencer par la déclaration de politique générale pour ce qui est de LFI ou encore du budget pour plusieurs groupes de l’opposition? La censure du gouvernement n’est cependant pas une évidence si l’on se réfère aux motions passées pourtant nombreuses depuis 2022 et dont aucune n’a recueilli suffisamment de voix.

La réussite de ce gouvernement dans lequel nous comptons de bons amis comme Annie GENEVARD, Gil AVEROUS ou encore Patrick HETZEL, dépendra pour l’essentiel de la capacité des non-macronistes à s’imposer et des résultats tangibles sur la sécurité, le pouvoir d’achat, la réduction de la dette, la souveraineté agricole ou encore la détresse de nos outre-mer qui subissent de plein fouet la vie chère et le réchauffement climatique.

Les enjeux sont pourtant immenses et les menaces qui pèsent sur nos sociétés européennes avec la guerre en Ukraine, l’explosion de la violence au Proche Orient, l’enjeu migratoire au sein de l’Union européenne ou encore la menace climatique imposent des choix audacieux et la recherche de la confiance du plus grand nombre.

En l’état nous verrons à l’usage, en souhaitant que la France trouve les voies du redressement, du progrès et de la justice. Le gouvernement devra engager des réformes dans de nombreux domaines, notre soutien sera au cas par cas.


Michel Barnier, à Paris le 5 septembre 2024
Crédit : STEPHANE DE SAKUTIN / POOL / AFP


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