Moduler le temps de travail au cours de la vie

« Travailler plus pour gagner plus. » le slogan de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007 qui permit à 9 millions de salariés de bénéficier de la défiscalisation des heures supplémentaires, aujourd’hui fleure bon la naphtaline.

Avec la crise du Covid , la révolution du télétravail, il semble que notre rapport au travail ait été profondément modifié . Le poison instillé par les 35 heures imposé à tout le monde fait du travail une contrainte et non plus un vecteur de reconnaissance sociale. La baisse du temps de travail décidée en 2002 non seulement n’a eu aucun effet réel sur le taux de chômage , a désorganisé l’hôpital public qui le paye encore aujourd’hui au prix fort mais place notre pays parmi ceux de l’Union européenne où la durée du travail est la plus faible . Avec 1668 heures de travail annuel effectif en 2024 , la France se place au deuxième rang de l’Union européenne des pays qui travaillent le moins ! Avec l’Allemagne proche de la moyenne européenne qui se situe au 12e rang , l’écart annuel est de 122 heures soit l’équivalent de 3 semaines de travail d’écart . Si l’on poursuit l’analyse en agrégeant les données relatives au taux d’emploi , la question du temps de travail tout au long de la vie devient centrale lorsque l’on aborde la question du financement de la protection sociale ou de l’avenir du régime des retraites par répartition.

S’établissant à 68,1 % le taux d’emploi général des 16 à 64 ans place la France au 21e rang des pays de l’Union européenne.

Le taux de chômage des jeunes français de moins de 25 ans est de 18% pour 2024 , il est en moyenne de 14,8 % dans l’Union européenne.

En 2021 (dernières données agrégées disponibles) , le taux d’emploi des seniors (55-64 ans) en France est de 55,9 % qui place notre pays au 17e rang des pays de l’UE dont la moyenne est de 60,5 % (76,9 % en Suède ) .

Les débats actuels sur la dépense publique  sont également à lire à l’aune de la production de richesse et donc du travail en général . Les partenaires sociaux ont été invités par le gouvernement Bayrou à se mettre au pas de charge autour de la table de négociation et trouver des solutions permettant de garantir le financement du régime des retraites en s’exonérant éventuellement de la mesure d’âge décidé par la réforme Borne en 2023 et qui fait aujourd’hui l’objet de marchandage politique entre la macronie et le parti socialiste.

Sans doute serait-il temps de mettre sur la table la question du travail en général, de son sens, du lien de solidarité national qu’il représente mais également du temps de travail dont chacun a bien conscience, au delà des postures politiques, qu’il est aujourd’hui trop faible pour assurer le financement des politiques de solidarité nationale .

Il est un fait objectif que l’allongement de la vie combinée à la baisse de la natalité impacte sur le long terme le déséquilibre entre besoins de financement en matière de retraite comme en matière de prise en charge de la dépendance et capacité à les financer.

Nous proposons que la question du temps de travail soit abordée sous un angle innovant ,c’est à dire en l’adaptant tout au long de la vie professionnelle.

Résumé de manière un peu simpliste , le jeune actif , possédant de meilleures capacités , physiques, intellectuelles et psychologiques devrait travailler plus longtemps en termes d’horaires hebdomadaires et annuels que le senior en fin de carrière , fatigué physiquement et mentalement.

Cela implique en premier lieu de mettre un terme à l’uniformité du temps de travail , sans doute même à une durée légale dudit temps de travail . Cela implique aussi de la concertation secteur par secteur , dans le public comme dans le privé qui sans doute prendraient plus que trois mois. Cela implique aussi une prise de conscience collective et une prise de responsabilité individuelle de chacun d’entre-nous.

Parallèlement à cette question du temps de travail il convient de s’attaquer à la faiblesse du taux d’emploi des seniors sous l’effet combiné d’un taux de chômage plus important à mesure que l’âge légal du départ à la retraite approche mais aussi des positions d’arrêt longue maladie compte tenu d’une plus grande pénibilité du travail à mesure que l’âge avance.

Nous proposons que soit expérimenté puis généralisé dans le secteur public comme dans le secteur privé des contrats de générations qui permettent notamment au seniors de consacrer une partie de leur temps de travail à former , encadrer , tutorer des jeunes qui arrivent sur le marché du travail afin de garantir la transmission des savoirs et des savoir-faire.

Nous proposons que dans ce cadre contractuel les heures effectuées à ces tâches de transmission soient exonérées de cotisations sociales patronales et salariales.

De même cette modulation du temps de travail tout au long de la vie , par des aménagements mais aussi des aides à la garde d’enfant, pourraient permettre aux femmes de reprendre une activité même à temps partiel, plus facilement après une grossesse ou une période de congés. Elle  favoriserait également une plus grande égalité femmes hommes dans un certain nombre de postes.

Cette modulation du temps de travail tout au long de la vie doit permettre une augmentation générale du temps de travail dans notre pays et donc de la production de richesses mais de manière plus acceptable pour toutes les générations dans un esprit de solidarité , de complémentarité et de responsabilité individuelle.

Le système par répartition de nos retraites ainsi que celui de notre protection sociale sont fondés sur la solidarité nationale. Cet héritage du Programme commun de la Résistance après la Seconde Guerre mondiale ne nous semble pas devoir être remis en cause. Il fait aujourd’hui fasse à des défis inédits comme la soutenabilité de la dette, l’explosion des besoins liés au grand âge ou encore la remise en ordre de notre système de santé. La solidarité nationale implique aujourd’hui et encore plus demain, une prise de conscience collective et une prise de responsabilité individuelle .

L’individualisme galopant de notre société, le morcèlement et l’instabilité de notre vie politique ne facilitent pas ces prises de conscience et de responsabilité. Mais la survie du système français de solidarité est à ce prix.

À défaut c’est un autre système de retraite et de protection sociale qui s’imposerait beaucoup moins juste , celui de la capitalisation et de l’assurance individuelles fondées sur le chacun pour soi .

L’une ou l’autre des voies suivie ou subie dépendra largement de la place que notre société donnera au travail et à ce qu’il représente pour chacun dans les mois et les années à venir.Nous défendons l’idée que le travail est un bien commun à promouvoir en même temps qu’un facteur de la liberté individuelle que nous promouvons


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