Elle est passée en catimini, sous les radars médiatiques. La loi harmonisant les modes de scrutin aux élections municipales et par voie de conséquences imposant un scrutin de liste paritaire bloquée à la proportionnelle dans les communes de moins de 1000 habitants a été adoptée sans tambours ni trompettes.
Les maires et élus des communes rurales, de la France profonde se réveillent avec la gueule de bois.
Fini le panachage, fini la possibilité de rayer le nom d’un candidat, de se présenter individuellement ou de composer une liste ouverte au sein de laquelle les électeurs du village choisiront.
Désormais, dans la commune de 150 habitants comme dans celles de 100 000, il faudra une liste paritaire du nombre des membres du conseil (ou deux de moins, le législateur s’est voulu magnanime…). De même, les adjoints seront élus sur une liste également bloquée et paritaire. Un changement de culture radical.
La fausse question de la parité
L’argument qui se veut massue est celui de garantir l’égale représentation des femmes et des hommes au sein des conseils municipaux ruraux comme dans tous les mandats issus de scrutin de liste.
Nonobstant le fait que la présence des femmes dans les conseils municipaux des petites communes a beaucoup progressé, cette loi ne règle pas le vrai sujet : l’accès des femmes aux fonctions exécutives et en particulier au mandat de maire. Et, au delà des freins sociologiques aujourd’hui négligeable – les campagnes ne sont pas des réserves de gens arriérés comme les considèrent trop souvent quelques élites parisiennes déconnectées – ce sont bien les freins professionnels, d’organisation de la vie familiale et des problématiques de déplacements en zone rurale qui sont posés et que la loi ne règle aucunement.
Un risque majeur pour la démocratie locale
En revanche les contraintes nouvelles qu’impose la loi et surtout le changement radical de culture électorale et politique qu’elle impose, risque de peser fortement sur la démocratie locale.
Les vocations municipales sont déjà en berne et les démissions des maires et des élus dans les communes en forte progression ces dernières années.
Il est à craindre que l’obligation d’une liste bloquée, au delà du fait qu’elle va politiser les scrutins locaux, ait pour conséquence la difficulté voire l’impossibilité dans certains cas de trouver les personnes volontaires pour s’occuper des affaires communales de notre ruralité.
Sans aucun doute que certains esprits technocrates et parisiano-centrés ne manqueront pas l’occasion pour proposer de diviser le nombre des communes par deux ou trois au nom de la « rationalisation », les regroupements à marche forcée pour atteindre le seuil « critique » permettant d’organiser les scrutins de liste « dans des conditions optimisées. »
Le clocher de l’église, la mairie, le fait communal ont construit l’histoire de France de la monarchie à la République. La mairie du village est souvent le dernier lien de nombre de nos concitoyens avec la République, l’État et le service public. Elle est le lien de solidarité même infime qui relie encore les territoires abandonnés par l’État à la cohésion nationale.
Cette loi est un coup de canif supplémentaire à notre démocratie déjà bien malade.


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